Presse
Prensa
Leer primero 2018-01-05
LECTURE D’ABORD

Il se passe de drôles de choses au collège de Savenay, petite commune dortoir de Loire-Atlantique, située entre Nantes et Saint-Nazaire. Le principal de cet établissement de 400 élèves, Stéphane Parès, a réussi à convaincre l'ensemble de ses administrés de remettre la lecture à l'ordre du jour.

Deux fois par semaine, à 13 h 40, la cloche sonne et tous les habitants du collège, élèves, professeurs, personnels, interrompent leurs activités ; tous s'assoient, et sur place se mettent à lire. Quoi? À chacun de le décider librement. Mais le chuchotis cesse et chacun se plonge dans la lecture de son choix. Rien de plus formateur pour les jeunes que de voir les adultes lire à leurs côtés.

Réflexion de l'un d'entre eux: «Jusqu'ici je n'avais jamais terminé un livre, maintenant, si!» Un autre: «Je n'aime pas beaucoup lire, mais au moins cela me calme pour l'après-midi!» C'est déjà ça.

Cette expérience n'est pas unique. La première du genre semble avoir été inaugurée au printemps dernier à Banon, superbe village des Alpes-de-Haute-Provence, déjà célèbre pour son fromage de chèvre et - tiens donc! - pour sa librairie, Le Bleuet. À l'époque, la presse et la télévision en avaient fait état.

????Si elle veut remplir sa mission principale, l'instruction de la nation, tout en contribuant à réduire les inégalités culturelles, l'École ne doit pas se contenter d'apprendre à lire à tous les enfants (ce ne serait déjà pas si mal…) ; elle doit leur faire aimer la lecture. Sinon, à quoi bon?????

????Car la lecture est aujourd'hui une priorité culturelle absolue. Tout le monde moderne peut être compris comme un complot permanent pour détacher les gens d'eux-mêmes, les priver de toute concentration, de toute vie intérieure grâce à un flux continu d'informations, d'images, de parleries, de publicités, de musique d'ascenseur. Jadis, un voyage dans la Chine postmaoïste de la «bande des quatre» m'avait convaincu que la règle numéro un du totalitarisme est d'occuper en permanence l'esprit des gens, afin qu'ils ne demeurent jamais seuls avec eux-mêmes. Par définition, un esprit occupé ne saurait être un esprit libre.????

????La lecture, c'est, comme disait Péguy, «l'opération commune du lisant et du lu», c'est un colloque singulier avec un grand esprit ; c'est par excellence un acte de résistance au totalitarisme culturel ambiant.????

LE RÔLE CAPITAL DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

D'où le rôle capital de la littérature française dans la constitution de la nation française. Dans un univers de plus en plus disparate, cette littérature est un élément fédérateur indispensable, dans le temps et dans l'espace. J'ai déjà écrit quelque part que si j'avais à choisir entre la gauche, qui est mon camp, et la littérature, qui est mon pays, je choisirais sans hésiter la seconde, parce qu'à mes yeux une gauche qui aurait rompu avec notre littérature ne serait plus qu'un ramassis inconsistant de démagogues et de technocrates. Sans vouloir faire parler les morts, j'ai la conviction absolue que Michelet, Péguy, Jaurès, Léon Blum, de Gaulle pensaient de même. En croisant des lectures récentes, j'ai même réalisé que ce dernier avait successivement proposé un ministère culturel à Bernanos, à Claudel, à Malraux. Cela a tout de même une autre gueule, et une autre ambition, ne trouvez-vous pas ?

De funestes pédagocrates ont un jour décidé que tout ce qui était un peu «culturel» et «littéraire» devait disparaître de notre enseignement primaire et secondaire, car trop favorable aux classes aisées et cultivées. C'est naturellement le contraire qu'il faut faire. Il n'y a qu'un moyen de combler le handicap du jeune élève qui dispose de deux cents mots par rapport à celui qui en possède déjà deux mille, c'est de le faire lire, non pas les arrêtés municipaux ou les notices pharmaceutiques, mais les grands écrivains, car ils sont, dans notre univers mercantile, la voix du peuple.
(...)
????La lecture n'est pas seulement ce «vice impuni» dont parlait en 1936 avec humour Valery Larbaud. C'est aujourd'hui la forme indispensable de la résistance spirituelle d'un peuple à tout ce qui l'opprime, à tout ce qui l'écrase.????

Galerie
Galería